Mémoire morte
Quentin Sombsthay a récupéré chez une copine un disque dur appartenant à Florian, un adolescent des années 2000 qu’il ne connaît pas. Les discussions MSN et les photos qu’il contient vont l’amener à réfléchir sur la mémoire numérique et les traces que nous laissons. Entre le desktop documentary et le found footage digital, Mémoire morte travaille le rapport émotionnel à nos souvenirs. Qui n’est jamais parvenu à se séparer d’un doudou ou d’un Polaroid délavé peut appréhender la valeur affective d'un objet. Un souvenir possède une aura, il évoque le lien à une époque et restaure un peu le passé. Mais une fois dématérialisés et compilés sur des espaces de stockage numérique, disque ou cloud, que deviennent nos souvenirs ? Avec le développement de l’ordinateur domestique connecté à internet dans les années 2000, les photographies ne sont plus stockées sur albums. Les lettres et cartes postales sont peu à peu remplacées par les textos, les blogs et par MSN, l’une des premières messageries instantanées avant Whatsapp ou Signal. Les fichiers textes, qu’ils soient personnels ou littéraires, sont a priori effacés à chaque fois que nous remplaçons du matériel informatique ou que nous supprimons un compte, idem pour la vidéo, la musique et toutes les données donnant accès à la personnalité, à l'histoire et aux goûts d'un individu. Quentin Sombsthay explore l’image-disque de l’ordinateur d’un inconnu et fait ressurgir de l’oubli des données laissées pour mortes. Florian est un jeune homme entre deux-âges, ni ado ni adulte. Nous ne connaîtrons pas son milieu social, si ce n’est par ses inclinaisons (gangsta rap et grosses voitures) ou son pseudo (MA 6-T vA kRaQuER). Le garçon est tiraillé entre des émotions fortes et contradictoires. Son amour pur et entier pour Myriam contraste beaucoup avec ses représentations, crues et vulgaires, de la sexualité et du désir. Ses mémoires révèlent donc la tendance d’une certaine masculinité toxique dans les années 2000. Comment savoir si ce rôle de gros dur est authentique ou s’il s’agit seulement d’une construction factice ? Qui est la personne cachée derrière sa souris et son clavier ? La mémoire (vive) de Florian demeure inaccessible, un peu comme nos souvenirs à chaque fois que nous perdons un disque dur.